Visiter l’oeuvre de Pier, c’est un peu comme tourner les pages d’un album de famille, celle des basques, dont Pier capture la vie quotidienne en aplats de couleur aux contours précis.

Dans cette partie résolument narrative du travail de Pier, l’apparente simplicité de la forme fait ici écho à celle, concrète, de la vie qui s’écoule, jalonnée de journées de travail, de jours de fêtes, de jeux, de mort.

Parfois, l’émotion prend le pas sur l’histoire, ébranle les repères, brise la surface lisse des choses et des gens. Les formes alors se fragmentent, en éclats colorés ou monochromes, laissant émerger la nature plus profonde de l’artiste.

Dans cette zone secrète d’où jaillit l’expression la plus mystérieuse de la perception, la joie et la vitalité prédominent. Que ce soit dans les scènes intimistes, les fêtes ou les paysages, et même dans les sujets évoquant la mort, l’énergie déstructurante donne naissance à une explosion de couleurs et de formes, parfaitement maîtrisée en une construction rigoureuse, une sorte de désordre ordonné révélant la totale maîtrise de l’artiste sur son art.

La main de Pier, prolongée de son pinceau prismatique, ouvre à chaque tableau une fenêtre sur un Pays basque intemporel et une vie intérieure vibrante, nous invitant à partager son émerveillement.